Étude

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L'exclusion numérique des personnes âgées

CSA / PETITS FRÈRES DES PAUVRES

À l’occasion du 1er octobre, Journée internationale des personnes âgées, les petits frères des Pauvres publient leur rapport consacré cette année à l’exclusion numérique des personnes âgées.

Principaux enseignements de l'étude

  • Plus d’un quart des personnes de 60 ans et plus toujours en situation d’exclusion numérique.
  • Une exclusion qui touche particulièrement les plus de 80 ans et les personnes les plus précaires.
  • Quel que soit l’âge, quand on est internaute, on utilise régulièrement le numérique.
  • Le numérique est vecteur de lien social pour 2/3 des internautes de 60 ans et plus.
  • Internautes ou pas, les démarches en ligne posent problème.
  • Au-delà du manque de maîtrise, le manque d’intérêt est un frein majeur pour les 60 ans et plus qui n’utilisent pas Internet.

3 questions à Thomas Genty, Directeur d'études au pôle Society

Pouvez-vous nous présenter cette enquête en quelques mots ?

À la suite de la grande enquête que nous avons réalisée en 2017 sur la solitude et l’isolement des personnes âgées, les petits frères des Pauvres et l’institut CSA ont souhaité poursuivre leur démarche en explorant plus en détail le rapport des personnes âgées de 60 ans et plus avec Internet. Pour ce faire, nous avons reproduit la méthodologie mise en place à l’occasion de la précédente enquête en interrogeant par téléphone un large échantillon de 1500 individus représentatif de cette population, de façon à disposer de chiffres précis sur les taux d’équipement, les pratiques et les représentations qu’ont les personnes âgées d’Internet.

Pour nourrir l’analyse et la rendre plus concrète, nous avons également mené une enquête qualitative en réalisant 11 entretiens en face-à-face auprès de personnes suivies par l’association des petits frères des Pauvres, pour leur donner la parole et entendre avec leurs propres mots ce qu’ils disent d’Internet, qu’ils l’utilisent quotidiennement comme beaucoup ou bien qu’ils y soient réfractaires.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les résultats de cette enquête ?

L’expression de fracture numérique est souvent utilisée pour parler des personnes âgées et d’Internet. Notre précédente étude démontrait que le problème était particulièrement criant auprès des 80 ans et plus. Cette deuxième étude qui approfondit le sujet montre qu’il n’y a pas une mais des fractures numériques :

  • Une première fracture au niveau de l’équipement tout d’abord : 21% des personnes âgées de 60 ans et plus n’ont toujours pas Internet à leur domicile tandis que 44% n’ont pas de smartphone.
  • Et une seconde fracture qui concerne les usages : seuls 54% savent regarder des vidéos sur Internet, seuls 43% utilisent les réseaux sociaux et uniquement 35% utilisent leur smartphone pour aller sur Internet.

Il ne s’agit donc pas seulement d’équiper les personnes âgées, il faut également les accompagner et les former aux nombreux usages des outils numériques.

Pour lutter contre les fractures numériques, il faut donc former les personnes âgées à ces outils ?

C’est une des solutions, en effet. En plus d’être très populaires auprès de ceux qui ont bénéficié d’aide ou de formation (94% s’en disent satisfaits dont 53% très satisfaits), on observe chez ces personnes – qu’elles aient 60 ou 90 ans - des utilisations beaucoup plus riches d’Internet, que ce soit des usages pratiques, ludiques ou sociaux. Sachant que seulement 35% des personnes âgées de 60 ans et plus ont reçu une aide ou une formation, on imagine aisément les progrès que permettrait la généralisation d’un accompagnement.

Malheureusement, il ne s’agit pas d’une solution qui peut s’appliquer à tous. En effet, ceux qui n’utilisent pas Internet l’expliquent autant par la crainte de ne pas savoir faire que par un manque d’intérêt. Seuls 11% des non-internautes auraient envie de suivre une formation. Nous avons pu constater ces réticences lors des entretiens que nous avons menés auprès de cette population déconnectée, souvent très âgée, et que la perspective de devoir se confronter à de nouveaux outils peut angoisser. Pour ces réfractaires, il faut donc continuer à trouver des solutions pour contourner les problèmes que pose cette déconnexion – comme pour les impôts par exemple – et qu’une simple hotline ne pourra pas résoudre.

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