La tempête financière élargit la fracture sociale.
En ce début octobre 2008, alors que les Français observent inquiets l'impact de la crise financière venant des Etats-Unis sur l'Europe et l'hexagone, et après l'intervention de Nicolas Sarkozy à Toulon, la confiance du pays à l'égard du Président Nicolas Sarkozy (40%,-1 point) et de François Fillon (43%,-1 point) reste globalement stable.
Mais le détail du baromètre i>TELE, Le Parisien- Aujourd'hui en France nous montre que les Français n'apprécient pas de la même manière la réaction du pouvoir politique face aux dérèglements financiers du système économique.
La variable qui influe sur le jugement à l'égard des gouvernants n'est pas, dans le contexte actuel, politique mais sociale… selon la situation individuelle et la capacité de se projeter dans son avenir socio- professionnel.
Les « protégés » auront été rassurés par les propos et réactions présidentiels. Ainsi les classes moyennes et supérieures voient leur confiance à l'égard de Nicolas Sarkozy progresser (+ 6 points : 41% de confiance), de même que les personnes âgées (+7points : 56%), les salariés du public (+8 points : 35%), les plus diplômés (+14 points : 43%) et les inactifs (+ 4 points : 46%).
A l'inverse les « exposés » à la concurrence ou à la précarité auront vu leur confiance à l'égard du Président reculer. Les catégories populaires voient en effet leur confiance diminuer significativement (-13 points : 29% de confiance), de même que les jeunes (-6 points, 31%),les salariés du privé (-10 points : 35%), les non diplômés (–5 points : 37%), les actifs (-4 points : 36%) et les chômeurs (-11 points : 19%).
La confiance de François Fillon progresse également parmi les « protégés » par leurs statuts, professions et diplômes et régresse chez les « exposés » à l'incertitude professionnelle et sociale.
Sous la stabilité apparente de l'Opinion, la crise financière élargit la fracture sociale et la divergence d'appréciation de la politique des gouvernants. La présidentielle avait su repolitiser le pays à partir du retour du clivage gauche/droite réactualisé et l'idée que ses idées et intérêts étaient à nouveau mieux représentés. Existe le péril du retour des représentations divergentes entre le « haut » et le « bas », le « peuple » qui subit et les « élites » qui peuvent se protéger et, quoiqu'il advienne, s'en sortir.
Stéphane ROZES
Directeur Général de CSA
Directeur du Pôle opinion, image et stratégies
Maître de conférences à Sciences Po Paris